La Dénomination

Entre philosophes et sociologues, un numéro de revue, bibliothèque gauche.

Page 37:

Ainsi s’explique le plaisir de l’énumération. Rousseau, lors même qu’il herborise seul, et alors qu’il s’imagine proscrit « par un accord unanime » du nombre des hommes, communique grâce à la nomenclature linnéenne avec tous les botanistes qui ont vu , nommé, décrit, ces mêmes plantes qu’il a sous les yeux. Par là s’explique qu’il écrive à Linné le 21 septembre 1771:

« Seul, avec la nature et vous, je passe dans mes promenades champêtres des heures délicieuses, et je tire un profit plus réel de votre Philosophie Botanique que de tous les livres de morale. »

À elle seule, cette lettre attesterait que l’enthousiasme de Rousseau pour la botanique va au-delà de l’aimable passe-temps, qu’il représente l’adhésion à une communauté à laquelle l’austère Philosophia Botanica a donné ses règles de fonctionnement, ce en quoi, en même temps qu’un livre de science, celle-ci est bien un livre de morale.
Loin d’être superflues ou routinières, les activités de dénomination et d’identification occupent une place centrale dans les savoirs naturalistes, dans leur rapport au réel comme dans leur organisation sociale.

(Linné et la dénomination des vivants : portrait du naturaliste en législateur. Article de Jean-Marc Drouin)

bar-2560

La dénomination. Le temps des savoirs. Revue interdisciplinaire. N° 1.
Éditions Odile Jacob. 2000.
On peut feuilleter quelques pages ici

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