Les compagnons de la grappe

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Avec les autres romans traduits en français, à droite dans la bibliothèque.

Page 162:

Alors il s’est passé un truc bizarre. Mon père est mort. Nous travaillions d’arrache-pied, faisions valser le mortier et la pierre, quand j’ai soudain eu l’impression qu’il avait quitté le monde. J’ai scruté son visage et vu la mort écrite dessus.Ses yeux étaient ouverts, ses mains bougeaient, il bourrait de mortier les interstices de la pierre, mais il était mort, et dans la mort il n’avait rien à dire. Il s’éloignait parfois comme un spectre vers les arbres pour pisser. Comment pouvait-il être mort, me suis-je demandé, et aller pisser contre un tronc? Il était devenu fantôme, zombie, macchabée. J’ai voulu lui demander s’il se sentait bien, si par hasard il vivait encore, mais j’étais moi même trop épuisé, trop occupé à mourir, trop las pour articuler ma question. Je distinguais parfaitement ma phrase écrite sur le papier, dactylographiée, entourée de guillemets, mais tout cela était trop lourd pour que je réussisse à la prononcer. Et puis quelle différence cela aurait-il fait? Chacun doit mourir un jour.

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Les compagnons de la grappe. John Fante. Traduit de l’anglais par Brice Matthieussent (1988)
Éditions 10/18. 1990.
Ici, par exemple

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