Goya – Voir l’obscur

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Contre le mur de l’escalier, à propos de peinture, de photographie.

J’ouvre page 63:

Où sont les monstres? On y voit exposé le théâtre du sommeil. Un peintre, pris par le songe, s’est endormi à sa table de travail, abandonnant son porte-plume à côté d’un cahier ouvert. Alentour, toute une animalité nocturne l’assaille. Mis à part ce gros chat, posé, tel un lynx, à ses pieds, ce ne sont qu’oiseaux de nuit, chouettes, hiboux, chauves-souris, parfaitement identifiables. Sont-ce là des monstres? Je ne le crois pas. Point de chimères ici, ni démons, ni sabbats. Pas la moindre difformité. Lorsque Goya veut nous en montrer, il le fait plus clairement. L’inquiétude vient de la prolifération. C’est le nombre qui effraie (ressort utilisé par Hitchcock dans Les Oiseaux). Aucun des animaux pris isolément n’est vraiment inquiétant, au contraire. Poursuivons l’examen. Un détail, d’emblée, nous alerte. Une chouette, sur la gauche, proche de la tête du dormeur, tient dans ses griffes un porte-plume. Or on a noté plus haut qu’un autre porte-plume — celui du peintre — figurait déjà sur la table. Il y a donc deux stylus dans la gravure, deux mains : la main diurne du peintre, et celle, griffue, de l’oiseau. À travers ce dédoublement de l’outil, Goya ne nous indique-t-il pas la nouvelle direction vers laquelle il entend désormais diriger son art?

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Goya. Voir l’obscur. Jean-Paul Marcheschi.
Éditions Art 3. Nantes. 2012. Notes d’un peintre.
Chez l’éditeur

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