Noces, suivi de L’Été

le

Roman après Proust (je sais, je sais…), bibliothèque de droite, étagère du dessous, premier rayon.

J’ouvre page 57 :

Vivre, bien sûr, c’est un peu le contraire d’exister. Si j’en crois les grands maîtres toscans, c’est témoigner trois fois, dans le silence, la flamme et l’immobilité.
Il faut beaucoup de temps pour reconnaître que les personnages de leur tableaux, on les rencontre tous les jours dans les rues de Florence ou de Pise. Mais, aussi bien, nous ne savons plus voir les vrais visages qui nous entourent. Nous ne regardons plus nos contemporains, avides seulement de ce qui, en eux, sert notre orientation et règle notre conduite. Nous préférons au visage sa poésie la plus vulgaire. Mais pour Giotto ou Piero de la Francesca, ils savent bien que la sensibilité d’un homme n’est rien. Et du cœur, à vrai dire, tout le monde en a. Mais les grands sentiments simples et éternels autour desquels gravite l’amour de vivre, haine, amour, larmes et joies, croissent à la profondeur de l’homme et modèlent le visage de son destin — comme dans la mise au tombeau du Giottino, la douleur aux dents serrées de Marie. Dans les immenses maestas des églises toscanes, je vois bien une foule d’anges aux visages indéfiniment décalqués, mais à chacune de ces faces muettes et passionnées, je reconnais une solitude.

bar-3670

Noces, suivi de l’Été. Albert Camus.
Le Livre de Poche n° 2154 (1967)
Le même ici

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