Pas pleurer

le

Bibliothèque de droite, romans après Proust.

J’ouvre page 56 :

Tonnerre d’applaudissements.
À Lerida où nous sommes partis en mai travailler pour les cabrones, les cabrones l’ont senti passer (rires). On a tout foutu en l’air, on a dit merde aux exploiteurs et on a fondé une commune libre. Nous pouvons faire ici la même chose. Qui nous en empêche?
Les paysans sont transportés.
Josep se fait plus offensif. On vous prend ce qui vous appartient de droit par votre travail. C’est injuste. Tout le monde sait que c’est injuste.
Acclamations.
Est-ce digne d’un homme de travailler comme une bête pour quelques pesetas? Ne peut-on inventer une autre vie ? Ne peut-on abandonner cet esprit qui veut que nous souhaitons que nos olives soient plus grosses que celles du voisin ?
Éclat de rire général.
Aux grands moments les grands moyens, dit-il comme il l’a entendu dire à Lerida : reprenons les terres qu’on nous a volées, collectivisons-les et répartissons-les.
La proposition est acclamée dans le délire.
Un paysan lève le doigt et demande avec une crédulité feinte :
À quand la collectivisation des femmes ?
Nouveaux éclats de rire.
L’esprit est à la joie.

bar-3679

Pas pleurer. Lydie Salvayre.
Éditions du Seuil, 2014.
Chez l’éditeur.

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