Vies d’un immortel

le

 

Poètes, toujours consignés au mur ouest, sauf si en revues.

J’ouvre page 20 :

À ma gauche, des silhouettes glissent dans la fumée aux cris de : En avant ! Ai-je bien vu passer un gonfanon tout blanc dont les pointes me battaient jusqu’aux mains ? Une puanteur monte de la boue visqueuse comme du sang. Quand j’arrive enfin sur la hauteur, je crois qu’en basculant par-dessus la crête je vais sortir de cet enfer, mais ce côté est encore plus exposé que l’autre. La terre y est cognée sans cesse, et les coups font de petits cratères alignés qui s’approchent, s’éloignent, reviennent, comme si de la grêle piquetait le sol autour de moi. Je suis couché sur le bord, hésitant entre un côté ou l’autre. Je me retourne simplement sur le dos, et il me semble que me voilà porté, face contre le ciel qui devient noir. Où es-tu ? C’est encore un cri que je m’adresse, cette fois en silence et derrière les dents. La ville est calme sous le regard des vaches de pierres, qui d’un même œil voient les rues se remplir de gens puis devenir canaux de ténèbres.

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Vies d’un immortel. Bernard Noël. Vu par Benjamin Monti.
Les éditions du Chemin de Fer. 2013
Tout sur lui

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