Filatures

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Revues de poésie (grands formats dans les boîtes en bois d’ikéa), bibliothèque du milieu, tout en bas à côté des cartes routières anciennes.

Non paginé. J’ouvre là :

Filature 48

Suivre les gens, ça n’est pas si facile.
Choisir d’abord. Choisir vraiment qui l’on a envie de suivre, dans le lieu élu ce jour-là. Laisser venir le désir. Jouer au détective, à ceux des films, les pas vrais, les pittoresques. Tirer plus vite que son ombre.
Suivre jusqu’où ? Jusqu’au bout ? Être prêt à prendre l’avion pour Tombouctou ou pour Bogota ? Avoir toujours son passeport sur soi, et des dollars. Sans oublier les faux papiers. Et les alibis si l’on vous prend pour une autre.
Quand on file, on ne peut pas prendre de notes. La mémoire ? Comment ne rien perdre de tout ce qui défile ? Alors j’ai acheté un tout petit magnétophone, et un micro-cravate. J’ai appris plus vite que je ne l’aurais cru à passer inaperçue, le fil dissimulé dans les vêtements, la main experte à manipuler à même le sac les quelques touches utiles. Et quand, de retour à la maison, je m’écoute pour donner au papier ce que je veux choisir, en plus de ce que je me suis murmuré j’ai le cadeau des bruits d’ambiance et des éclats de conversation, quelqu’un qui me bouscule et qui me dit pardon, quelqu’un qui me demande l’heure, ah zut j’ai perdu le fil.

bar-3898

Filatures. Colette Fayard.
Revue Encres Vives, n° 113, juillet/août 1984
Un coup d’œil sur le site d’Encres Vives et de Michel Cosem

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