L’homme à rebours

le

Casiers transversaux sur la bibliothèque, gauche, mais vers le centre.

J’ouvre page 81 :

— C’est écœurant!
Je me retourne pour voir à qui s’adresse cette expression de mépris. Un enfant, figé au milieu de l’allée dans une attitude coupable. Une jeune femme se tient devant lui; ses traits expriment le dégoût de qui vient de marcher sur un excrément. Un passant, attiré par la scène, s’approche, il saisit l’enfant par le bras pour le molester :
— Que fais-tu là, petit salaud, tu t’es échappé du collège ?
L’enfant hoche la tête en signe de dénégation. Un troisième personnage intervient :
— Je parie que ses parents le gardent chez eux pour l’élever; il a bien l’air chafouin de ces irréguliers.
— Ignoble, c’est ignoble, reprend la femme.
— Il faut appeler une équipe de nettoyage.
Mû irrésistiblement par des attitudes acquises, je me précipite au secours de l’enfant que les adultes commencent à accabler de chiquenaudes, de soufflets et de pincements. Je hurle :
— Mais laissez-le, laissez-le, il ne vous a rien fait !
En accomplissant ce geste, j’aide celui qui me ressemble. Mais autour de nous un attroupement s’est fait. Les gens me prennent à partie. Tous ces passants si calmes, si indifférents sont mobilisés par l’indignation.
— Ce doit être son père !
— Un dégénéré !
— J’ai appelé les soigneurs.

Bar-3908

L’homme à rebours. Philippe Curval.
Éditions J’ai Lu, n° 1020 (Éd. Robert Laffont, 1974)
Sur Noosphère, édition récente revue par l’auteur.

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