Le voyage secret

le

Romans après Proust, bibliothèque de droite, rayons supérieurs de l’étagère inférieure…

J’ouvre page 62 :

Y eut-il un moment plus rare que celui du concert, les yeux fermés, qui suivit, tous lustres éteints, à la lueur des bougies rouges ? Comme les musiciens avaient pris place derrière moi, je dus faire virer ma chaise et je me trouvai en face de X., H. derrière moi. Cette sorte d’équilibre instable dans lequel j’oscillais était très favorable à la rêverie. Schubert, Mozart l’entretenaient, alliant leur magie à la perfection de chœurs, où se répondaient et se mêlaient alternativement des voix de jeunes guerriers et de jeunes filles. Si mes yeux à peine s’entr’ouvraient, je rencontrais tout de suite l’atmosphère déchirée de cette somptueuse demeure, encadrés de colonnes de porphyre ou auréolés d’architraves d’or, la face ou le profil, le regard ou les mains de X. et aussitôt, abaissant mes paupières, j’emportais dans ma nuit intérieure des images étincelantes, lambeaux d’une proie divine que je dévorais à loisir, lentement, dans mes abîmes.

bar--5.jpg

Le voyage secret. Écrits secrets 1. Marcel Jouhandeau.
Éditions Arléa. 1988.
Ici, par exemple

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s