La trève

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Dans la bibliothèque de droite, avec les romans traduits en français – mais encore un qui n’est pas tout à fait un roman…

J’ouvre page 99 :

L’atmosphère devint survoltée en quelques heures. Il y avait des Russes partout, sortis comme des fourmis d’une fourmilière. Ils s’embrassaient les uns les autres comme s’ils se connaissaient, ils chantaient, ils hurlaient ; bien qu’ils fussent pour la plupart mal assurés sur leurs jambes, ils dansaient entre eux et entraînaient dans leurs embrassades tous ceux qu’ils rencontraient en chemin. Ils tiraient en l’air et pas toujours en l’air : on nous amena à l’infirmerie un jeune soldat encore imberbe, le corps traversé de part en part, du ventre au dos, par un coup de fusil. Le coup, heureusement, n’avait pas atteint d’organe vitaux : le soldat-enfant resta trois jours au lit et accepta les soins avec tranquillité, en nous regardant avec ses yeux vierges comme la mer ; puis un soir, alors que passait dans la rue un groupe de ses camarades en fête, il bondit hors de ses couvertures, vêtu de pied en cap avec son uniforme et ses bottes, et, en bon parachutiste, sous les yeux des autres malades, il se jeta tranquillement de la fenêtre du premier étage dans la rue.

bar--39

La trève. Primo Levi (1963) Traduit de l’italien par Emmanuelle Joly.
Éditions Grasset, 1966
Édition difficile à trouver, mais le texte complet en PDF ici

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