Textes choisis de Marat

le

Entre Diderot et Rousseau, sur le rayon XVIIIe de la bibliothèque du milieu, le citoyen Marat.

J’ouvre page 62 :

Tout le peuple avait les armes à la main, suite nécessaire de l’insurrection générale et des efforts que chaque citoyens avait faits pour repousser l’ennemi commun. Sur cette armée innombrable quoique indisciplinée, reposait le salut de l’État, car le peuple ne se vend jamais. Cette foule immense d’infortunés que la richesse insolente appelle la canaille, cette partie la plus saine de la nation, qui ne gagne jamais rien à changer de maître et qui est toujours la première à braver les dangers pour secouer le joug des tyrans, avait montré une ardeur incroyable dans la punition des traitres à la patrie. Les ennemis du bonheur public, sentant tout ce qu’ils avaient à craindre de ses dispositions, formèrent donc le projet de l’exclure de l’armée parisienne, dont ils avaient formé le plan ; puis de la désunir,sans toutefois en montrer le dessein. L’organisation de l’armée en fournit le prétexte. L’air militaire ne pouvait que flatter la vanité d’un grand nombre de bourgeois : le général profita adroitement de cette sotte passion, maladie éternelle des Français et il fut décidé que les soldats de la patrie prendraient l’uniforme. Les frais qu’exigeait l’accoutrement n’étaient ni à la portée ni du goût de tous les citoyens ; dès lors, l’armée parisienne, restreinte à des volontaires, ne fut presque plus composée que de citoyens opulents, les hommes les moins faits pour la liberté ; de citoyens aisés que la crainte de mal-être rend ennemis de toute révolution ; de marchands et d’ouvriers du luxe que l’amour de l’or attache à la fortune des grands ; de jeunes gens à qui un uniforme fait oublier le devoir ; enfin, de suppôts de l’ancien régime, qui, cachés dans leurs caves, pendant les jours de crise, n’en étaient sortis que pour s’emparer du commandement. Ainsi on vit de toutes parts, des procureurs, des notaires, des avocats, des robins, des nobles, portés par la cabale aux postes de capitaine, de major et de commandant des légions citoyennes, brouillons intéressés à perpétuer les abus du despotisme et presque tous ennemis mortels de la liberté.

L’Ami du Peuple, n° 159, 11 juillet 1790. Sur Lafayette et l’armée)

bar--136

Textes choisis. Marat.
Éditions Sociales. Les classiques du peuple. 1950.
Ici

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s