aden arabie

le

Philosophies, rayon du milieu de la bibliothèque de droite.

J’ouvre page 93 :

Au bout d’un mois de mer, de coups de vent, de haltes, de secrets chuchotés sous les vents, je commence à comprendre des parties de ce voyage. Qu’est-ce qui lui arrive ? C’est une fusion de ses légendes, avec ce peu d’eau grise du printemps, ces légendes sur les bienfaits du départ, sur les bénéfices du départ, sur les bénéfices d’inventaire — car il paraît que les voyages sont un inventaire, Duhamel me l’a dit quand j’allais prendre le train, je me demandais si je ne ferais pas mieux de donner mon billet à un pauvre —, légendes sur le salut, sur la liberté censée courir les mers, sur les gentilshommes de fortune. Encore dois-je laisser de côté le pavillon noir, je ne sais pas ce qu’il vaut, après tout, je n’ai tué personne.
Je suis tranquille derrière mes stores de roseau, mes colonnes carrées, sur un fauteuil taillé par un forçat. Pensons à mon départ. J’avais peur, mon départ était un enfant de la peur. Quand je regarde de cette latitude abritée par le Cancer les années ou j’ai eu vingt ans et dix-neuf ans, comme on a la grippe et la typhoïde, avec le même plaisir, je vois une sale peur engendrant tout ce qu’un cœur peut secréter de fausseté et d’erreur.Je ne suis pas plus fin qu’un autre : j’ai fui.

bar--165

Aden Arabie. Paul Nizan. Nouvelle édition présentée par Jean-Paul Sartre.
Éditions François Maspéro. Cahiers libres n° 8. 1965
Un long texte universitaire sur Nizan.

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