L’indifférent

le

Ici, il faudrait dire « roman avant Proust ». Rayon supérieur de la bibliothèque du milieu.

J’ouvre page 50 :

II

Bien que Madeleine eût en un instant subordonné à Lepré tous les intérêts et toutes les affections de sa vie, elle n’en pensait pas moins, et son jugement était fortifié du jugement de tous, que, sans être désagréable, il était inférieur aux hommes remarquables qui, depuis quatre ans que le marquis de Gouvre était mort, consolant son veuvage en venant la voir plusieurs fois chaque jour, étaient le plus cher ornement de sa vie.
Elle sentait très bien que l’inclination inexplicable qui en faisait pour elle un être unique, ne l’égalait pourtant pas aux autres. Les raisons de son amour étaient en elle, et si elles étaient aussi un peu en lui, ce n’était ni dans sa supériorité intellectuelle, ni même dans sa supériorité physique. C’est précisément parce qu’elle l’aimait qu’aucun visage, qu’aucun sourire, qu’aucune démarche ne lui étaient plus agréables que les siens et non parce que son visage, son sourire, sa démarche étaient plus agréables que d’autres qu’elle l’aimait. Elle connaissait des hommes plus beaux, plus charmants, et le savait.

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L’indifférent. Marcel Proust. Préface de Philip Kolb
Éditions Gallimard. NRF. 1978.
Chez l’éditeur

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