Qui j’ose aimer

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En cartons dans la cave, une drôle de collection en faux cuir qui encombrait les étagères de la génération précédente.

J’ouvre page 79 :

Seizième jour : le meilleur depuis longtemps. Il y a bien, sous la pile de linge, certaines chemises que j’ai repassées en accumulant les faux plis et, sur la desserte, cette paire de gants oubliée dont la pointure n’a rien de commun avec nos six-et-quart et qui rappelle une forte main,où le poil court jusqu’au milieu de la phalange. Mais comme ces gants sont vides de cette main, la salle, ce soir, est vide de celui qui s’en sert. Elle est redevenue pleine de nous, de choses familières. L’armoire de merisier rouge, le bahut où Saint Yves, taillé au couteau, sert de pendant à Saint Guénolé, le portrait de grand-père, la corbeille à ouvrage, tout est en place, comme le sont dehors les arbres à demi dépouillés dont les feuilles haillonnent au vent, mélangées aux derniers oiseaux, aux lueurs molles d’un soleil bas. Berthe, de ses doigts gourds, défripe des torchons que Nat reprise en croix, tandis que j’achève d’ourler une combinaison neuve. Maman tâte ses pommettes où les boutons semblent vouloir sécher, regarde la corbeille et dit, satisfaite :
« On va être à jour, ma parole !
— Oui, fait Nat, c’est bien la première fois.

bar--212

Qui j’ose aimer. Hervé Bazin. 1955/1956
Éditions Rombaldi. Les immortels chefs-d’œuvre. 1966.
La série, ici

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