Blanche ou l’oubli

le

Aragon, bibliothèque de droite, étagère supérieure.

J’ouvre page 199 :

Quel est donc le parfum de la tristesse ?

J’ai l’impression d’un imperméable tout léger, beige, qu’elle n’a pas fermé, il fait si chaud, et qui vole autour d’elle, rien ne lui tient au corps, quelle robe a-t-elle, une robe claire, une robe d’été, comme lorsque je l’ai connue, il y a de cela, alors, douze ans, une robe chemisier dans une petite soie, mais de quelle couleur ? Tout cela d’ailleurs est décoloré par l’été le grand soleil brûlant tout, sauf sous ce bosquet, à cause des arbustes qui font des dentelles sur nous, le vert en est blanc d’un côté, noir de l’autre … Elle portait les cheveux tout tirés, en ce temps là, ses beaux cheveux presque bleus, sa bouche qui fait en haut un M étroit qu’un trait en dessous sépare d’un double-vé arrondi, plus large. Oui, Blanche a un teint de blonde sous ces cheveux-là, on lui dit parfois, pourquoi est-ce que vus vous teignez ? Il faut bien qu’elle justifie son petit nom. Il y a des roses qui sont comme ça : il faut en écarter les pétales pâlis pour apercevoir au fond le safran du sang. Rien de tout cela n’est particulier à ce jour de Javerlhac, rien. Mais maintenant, il me faut Javerlhac, le capitaine, le petit médecin, ces tasses à décor orange qu’on avait trouvées dans la maison, le pliant vert oxygéné dont je m’étais levé, les conversations de lassitude […]

bar--236

Blanche ou l’oubli. Louis Aragon.
Éditions Gallimard. Folio n° 65. 1972
Chez l’éditeur

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