L’œuvre poétique, tome XV

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Dans l’étagère contre le mur de l’escalier, le dernier volume du rayon du haut.

J’ouvre page 153 :

ENFER VIII

La chaise

Comme une chaise dédorée
Montre un bois rouge
Ainsi mon âme

Personne n'interroge un passant
Et c'est vrai qu'il n'y a personne
Pour la bière ni pour le vin
Personne à l'auberge moi-même
Personne est le mot de la fin
La table est là les bancs stupides
Personne ici          pour s'y
Asseoir
Ni tourner vers les vitres vides
Les yeux ensanglantés du soir

Pas un chien pas une fourmi
Et c'est pour quelqu'autre coutume
Ces verres et ces couverts mis

Personne À peine dans sa cage
Un oiseau qui parle du vent
Et la nuit fonce et le feuillage
Et les cigales se sont tues

C'était peut-être tout à l'heure
Où es-tu mon cœur où es-tu

Tout ça c'est une longue histoire
Qu'on n'en finit pas raconter

Personne

Et  pourquoi l'or a fui la chaise
Et ce que dit le vent tout bas
Pour ne pas réveiller les braises
Pour ne pas éteindre les pas

(d’un enfer)

L’Œuvre poétique. Tome XV. Louis Aragon.
Le Livre Club Diderot. 1981.
Une longue analyse de l’œuvre que constitue l’édition de L’œuvre poétique complet.

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