Des bibliothèques pleines de fantômes

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Bibliothèque de droite, avec les romans, mais pas tout à fait.

J’ouvre page 81 :

Rien d’étonnant à ce que la lecture soit encore ressentie comme une activité unique. Et dans mon cas, il y a toujours de l’euphorie à mettre une réalité derrière le simple nom d’un auteur ou derrière le titre d’un ouvrage (« Je lis sans choisir, simplement pour entrer en contact », Walter Benjamin). Non lu, un livre n’est au pire qu’un ensemble de lettres, au mieux une vague, et souvent fausse, image née de ce qu’on en a entendu dire. Prendre un livre en main et découvrir ce qu’il contient vraiment revient donner de la chair, c’est-à-dire une épaisseur et une densité qu’il ne perdra plus jamais, à ce qui, jusque là, n’était qu’un mot. Par exemple, pour quelqu’un n’ayant jamais lu le roman de Knut Hamsun, Pan n’est qu’un ensemble de trois lettres signifiant habituellement une des divinités de la nature. Lu, il reste à jamais lié aux odeurs et aux bruits de la forêt derrière la hutte dans le Nordland où logeait le lieutenant Thomas Glahn avec son chien Ésope, et où, parfois, venait le rejoindre Edvarda, la fille de M. Mack, le négociant ; et aux deux plumes d’oiseaux sauvages que le lieutenant « au regard ardent de bête sauvage » reçut deux ans plus tard, à des milliers de kilomètres de là, dans une feuille de papier à lettres blasonné.

Des bibliothèques pleines de fantômes. Jacques Bonnet.
Éditions Arléa. Arléa poche, 2014
Chez l’éditeur

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