L’invention de Morel

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Romans traduits en français, bibliothèque de droite.

J’ouvre page 48 :

Il n’était plus qu’à quelques mètres de Faustine. Je m’avançai, bien décidé à faire quelque chose, sans savoir exactement quoi. La spontanéité est source de grossièreté. Je montrai du doigt le barbu, comme si je le présentais à Faustine, et je hurlai :
La femme à barbe, Madame Faustine !
Ce n’était pas une plaisanterie heureuse, et l’on ne savait même pas qui elle visait précisément.
Le barbu continua d’avancer vers Faustine ; il ne se heurta pas à moi parce que je fis un brusque saut de côté. La femme n’interrompit pas pour autant ses questions, ni n’altéra la gaîté de son visage. Cette maîtrise de soi m’épouvante.
Depuis lors, et jusqu’à ce soir, confondu de honte, j’ai lutté contre l’envie d’aller me jeter aux pieds de Faustine. Je n’ai pu tenir jusqu’au coucher du soleil. Je suis monté vers la colline, décidé à me perdre, avec le pressentiment que si tout marchait bien, je sombrerais dans une scène de supplications mélodramatique. Je me trompais. Ce qui m’arrive peut s’expliquer. La colline est déserte.

L’invention de Morel. Adolfo Bioy Casares. Traduit de l’argentin par Armand Pierhal. Préface de Jorge Luis Borges.
Éditions 10/18, 1992 (©Laffont 1973)

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