Nouvelles orientales

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Romans après Proust. Bibliothèque de droite, étagère inférieure, rayons du haut.

J’ouvre page 62 :

On mit trois jours à atteindre l’ermitage situé en pleine sauvagerie champêtre. La maisonnette s’élevait au pied d’un érable centenaire ; comme c’était l’automne, les feuilles de ce bel arbre recouvraient son toit de chaume d’une toiture d’or. La vie dans cette solitude s’avéra plus simple et plus rude encore qu’elle ne l’avait été au cours du long exil à l’étranger subi par Genghi durant sa jeunesse orageuse, et cet homme raffiné put enfin goûter tout son saoul au luxe suprême qui consiste à se passer de tout. Bientôt les premiers froids s’annoncèrent ; les flancs de la montagne se recouvrirent de neige comme des amples plis de ces vêtements ouatés qu’on porte en hiver, et le brouillard étouffa le soleil. De l’aube au crépuscule, à la maigre lueur d’un brasero avare, Genghi lisait les Écritures et trouvait à ces versets austères une saveur qui manquait désormais pour lui aux plus pathétiques vers d’amour.

(Le dernier amour du prince Genghi)

Nouvelles orientales. Marguerite Yourcenar.
Éditions Gallimard, L’imaginaire. 1989 (1963)
Chez l’éditeur

Et il a quelque chose à voir avec celui-ci

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