L’an deux mil.

le

Bibliothèque de droite, romans après Proust, premier rayon.

J’ouvre page 95 :

Je veux pas devenir un rat, qu’elle disait parfois. Ça n’arrivera pas. Pour rire un peu, les Gros-Bras lui demandaient de jouer un air. Elle s’asseyait sur un cageot ou sur une vieille bassine renversée, et elle interprétait une valse de Chopin sur un piano qui n’existait que dans sa tête. Il fallait voir ça, son sérieux, cet air inspiré qu’elle prenait, ses yeux mi-clos, ses gestes, son allure, le buste droit, là, dans ce paysage d’ordures… On était plié en deux en la regardant… Visez-là un peu… ah la vieille… qu’est-ce qu’elle tient… Ses doigts sales aux ongles noirs s’agitaient, ses mains se déplaçaient , elle inclinait le front, son buste se balançait, elle chantonnait encore son lalala… Elle l’entendait son piano, c’est sûr. Chaque note.

L’an deux mil. Daniel Apruz.
Éditions Méréal. 1996.
Dans Le Monde, à la mort de l’auteur

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